jeudi 14 juillet 2011

Je vous demande pardon

Au bureau de poste, tout le monde faisait la queue, dont l'anonyme de service. Grosso modo se trouvaient six personnes devant moi. En attendant, je papotais avec une black qui s'impatientait.
Elle était empêtrée avec un ptit bouchon de marmot qu'arrêtait pas de lui tourner entre les jambes. En même temps qu'elle le tranquillisait, elle gardait l’œil sur une poussette, garée en fond de file, dans laquelle un autre bambin allongé suçait son doudou en toute quiétude.
Un ventilateur plafonnier soufflait juste au-dessus de nos têtes. J'osais la plaisanterie en lui disant quelle chance elle possédait que ses cheveux ne bougeaient pas, tandis que j'étais en permanence à me recoiffer. Elle était juste devant moi, et me rendit un beau sourire en ajoutant qu'au tour d'après je serais moins emmerdé après l'avance de quelques pas.  
 
Quinze minutes plus tard, ce fût son tour. 
Putain. Juste à ce moment-là, un type venu de derrière, avec plein de colis sous les bras, lui baise la place !
Nom de dieu ! Pffff... J'ai respiré profondément deux trois fois. 
Heureusement, j'entendais Rimpoché me parler : "si tu ne pardonnes pas aux autres, tu sentiras toute la douleur emprisonnée en toi. Tu peux changer, si tu pardonnes..."
Merde de merde ! 
Lentement... Doucement... J'ai murmuré au salopard qui nous avait grillé : " Je te pardonne enculé !"

mercredi 13 juillet 2011

One Bible Flew Over My Cuckoo's Nest

Le fils, huit ans, une seule idole : son père. La mère trente-trois ans, une seule idole : Dieu.
Le père, quarante-quatre ans : zéro idole.

LE PERE  - Qu'est-ce que tu fous?
LA MERE - J'emmène les enfants à l'église.
LE PERE  - Écoute, c'est mon seul jour de repos aujourd'hui, tu le sais bien... Laisse-les moi. Je les vois pas de la semaine.
LA MERE - Ah mais toi tu t'en fous toi, de leur éducation, de leur morale. Tu n'espères rien pour tes fils ? Tu les verras après.
LE PERE - Merde, tu me fais chier avec ton dieu. Tu penses qu'à ça. Du matin au soir tu pries. Et ton pasteur... Tu lui diras de plus passer à la maison, à ton foutu pasteur. Ça vaudra mieux pour lui!
LA MERE - Blasphème pas devant tes enfants. T'es fou mon pauvre, tu sais pas la colère de Dieu. Tu sais pas comme il peut te punir.
           
Il prit la Bible sur la table et de rage la lança à travers la pièce.
 
Avez-vous déjà vu une bible voler? Passer au-dessus de votre tête, sans vous lâcher un seul commandement sur la conscience ? Je vous dis ça... c'est pas mon délire. Je l'ai vue ! C'est une certitude.
Elle est passée, telle une colombe, son aile gauche toute en Genèse. Sur sa droite, l'Apocalypse terminait l'envergure, et ma foi, il faisait bon office. Au centre, les psaumes s'effeuillaient en litanies, tandis qu'un marque-page ficelle jouait la queue.
La malheureuse n'a pu éviter la vitre transparente, quand elle croyait sa liberté gagnée.
 
Quand je vis l'oiseau s'effondrer, dans un grand fracas, j'entendis les cris du Diable en personne.
LA MERE -  Il t'a puni ! T'es comme lui maintenant!

Mon père était étendu sur le sol, les bras en croix, les doigts repliés. Je ne voyais pas de rouge dans le creux de ses mains.
Monsieur Rodriguez, un ami qui attendait mon père pour l'apéro, vint me chercher en me prenant par la main. Tu ne dois pas voir ça, me dit-il en espagnol.
Ensuite, le médecin est arrivé...

Un peu plus tard, j'étais étendu sur mon lit. Le plafond auréolé de ma chambre m'hypnotisait. Une lumière tournoyante d'ambulance si reflétait. 
Je ne l'ai su que plus tard. Mon père avait fait à cet instant sa première crise cardiaque.

lundi 11 juillet 2011

Avertissement sujet religion

Le prochain texte que je publierai fait partie de mes plus vieux écrits. Le seul ancien que je posterai. Suite à votre lecture, vous comprendrez peut-être mieux mes railleries... Mais ici, au carnet, il n'y aura plus que du neuf. Je préfère vous prévenir, l'histoire relatée ne sera vraiment pas marrante du tout. Toutefois,  je l'ai bel et bien éprouvée...
Que du vécu dans le carnet ! Pas de triche, juste un zeste de romance. C'est bien normal...

A l'époque du récit, j'avais huit ans. Je ne possédais ni carnet, ni cahier intime. Je n'en éprouvais pas le besoin. Vous trouverez à travers chaque ligne, toute la naïveté d'un regard d'enfant; comment, par le truchement des images, les vieilles pages de notre histoire restent  à jamais gravées dans nos mémoires. Pour le meilleur... Et parfois pour le pire.

Ce texte aura trait à la religion. Je dois vous préciser : à la passion, à la folie, qu'elle peut parfois déclencher.
  Il n'est pas dans mon intention de ressasser le passé, de faire front aux croyances des hommes. Je ne veux heurter personne. Je suis purement laïc.
Je n'ai moi-même aucune religion, et les respecte toutes. Je ne suis ni athée, ni agnostique. Désormais, je me dis "gnostique". Comprenez : en recherche... Ce mot peut contenir beaucoup de connotations différentes pour chacun. 

Comme beaucoup, je possède foi et espérance. Quant à la charité, j'essaie de la pratiquer. En somme, je me donne les moyens de pouvoir m'acquitter des trois fameuses vertus. Je m'intéresse aussi au bouddhisme, si vous voulez savoir. Mais est-ce bien une religion ?
Je dirais presque que je les aime toutes, ces religions, tant elles cultivent les vertus. Mais dès que les pratiquants s'adonnent au dogmatisme, ou pire au fanatisme, alors là, je les déteste.

Avant de publier ce texte... celui de mes regrets, de ma lamentation, et pour vous soutenir, il me reste à vous rappeler le proverbe : 
"quand on a mille raisons de pleurer, il faut trouver mille et une raisons de sourire..."

Pour cent histoires à pleurer, il m'en arrivera bien cent et une d'un autre genre. J'essaierai de les privilégier à votre égard...                          

samedi 9 juillet 2011

Tuer moi

"Tenez-vous bien" (pour reprendre une expression chère à notre président), quelqu'un m'a dit : "anonyme? C'est pas un nom ça: anonyme! Tu devrais te trouver un pseudo si tu ne veux pas utiliser ton véritable patronyme."
Je pense sincèrement, qu'à l'origine de sa démarche, gisait une bonne intention. Et je ne me suis pas vexé. J'aurais pu. J'aurais pu lui répondre : "et le tien de pseudo, il est pas très cohérent non plus. Hein ?"
Mais, depuis quelque temps, je suis armé d'un mode d'emploi du parfait petit bouddhiste-zen, et ces situations-là, je les maîtrise en deux trois respirations à peine.
 
Bordel, c'est quand même étonnant ce besoin permanent qu'ont les gens à toujours vouloir "s'identifier à" : à leur rôle social, familial, professionnel, et j'en passe.
Mon maître tibétain, Kalou Rimpoché, me disait : "quand vous comprenez, vous voyez que vous n'êtes rien. Et n'étant rien, vous êtes tout."
Anonyme, je suis tout... Libre de tout caractère.
Et pour seule demeure, le ciel bleu, vide et pur, de ma conscience.

Vade rétro, les égos !
 

jeudi 7 juillet 2011

A l'heure du temps

Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais, depuis le début, mon blog est réglé sur l'heure américaine. Oui... Quand on met un commentaire, c'est pas la bonne heure qui s'affiche. 
C'est vrai, après tout, vous n'êtes pas si nombreux à me rendre visite, et peut-être que pour vous, tout est passé complètement inaperçu. Ou même pire, que vous n'y avez prêté aucune espèce d'attention.
 
Mais moi, j'ai l’œil, je surveille tout. Je sais tout. Mouais.

Oh... Pis le temps qu'on est, l'heure qu'il fait, le mois, le moi que je suis, le jour du lendemain, l'heure de la nuit que tu dormes ou pas, tout ça, après tout, je m'en contrebalance !

Je me fous du temps ! Voilà, c'est dit. Je vais le laisser faire et m'en défaire. Foutu Kronos, le fils incestueux de la Gaïa à la large poitrine. C'est pas simple, c'est Ouranos qui a baisé Gaïa sa propre mère. Je sais pas si vous saisissez, mais moi, le temps ne m'aura pas, depuis l'Antiquité c'est du vent.


 

lundi 4 juillet 2011

Des biens

Au fur et à mesure, sur une fiche bristol, j'ai listé tous les objets nécessaires à la finalisation de l'aménagement de ma nouvelle maison. Pêle-mêle s'y retrouve noté tout un tas de choses peu indispensables et qui n'ont d'autre intention que de me procurer un certain plaisir. Ils sont classés en fonction de la priorité de leur utilité, via le critère inéluctable de l'état de mon budget. Se distinguent entre autres : un attaché-case, des tringles à rideaux, un porte-manteaux, une statue du bouddha, un fauteuil d'ordinateur, un lustre, des draps, "aller à la préfecture pour la mise à jour de mon adresse sur la carte grise de ma voiture", une bibliothèque.
Pour le rangement des livres, rien d'essentiel. Je dispose déjà de deux meubles dont les rangées saturées laissent l'impression d'ouvrages engoncés, de livres aux mots barricadés, de phrases prêtes à surgir au prix de lourds efforts. Ils s'empilent aussi les uns par dessus les autres, tous au bord de l’asphyxie. 
Cependant, j'ai laissé la bibliothèque en fin d'inventaire. Le désordre des écrits me captive. Il n'y a pas d'ordre sans désordre, c'est une loi universelle qui régit également tout ce qui a pu être dit. Mes livres tournent comme des astres au sein de leur galaxie. Il ne me reste qu'à prier afin d'éviter tout télescopage inopiné.
Dans ce fouillis, je sais la place de chacun d'eux,  dans le miroir du fatras de ma mémoire.
Je me passerai sans doute encore longtemps de l'achat de cette bibliothèque. Je n'ai besoin de rien de plus.


dimanche 3 juillet 2011

Coup de feu

Elle riait. Elle riait aux éclats, d'un rire qui n'en finissait pas.
Plus elle riait, plus la tension montait en moi. Je sentais la chaleur intérieure augmenter. Elle s'en rendait compte et elle riait toujours plus fort. 
Je voulais m'en aller, mais je ne pouvais pas. J'étais pétrifié. Tous mes muscles se tendaient et pressaient mon sang vers ma tête.
Elle riait encore plus, sans arrêt. J'avais envie de l'étrangler.
J'ai cru que je tombais, que mon cerveau allait s'enflammer. Déjà, je chancelais.
Et j'ai entendu "bang".
Un seul coup.
Et tout s'est arrêté.